Marc Andreessen, Ben Horowitz et Greg Brockman lèvent 50 millions de dollars pour soutenir des candidats pro-régulation légère. Anthropic riposte avec 20 millions pour l’inverse. Cette bataille politique dessine en creux les deux futurs possibles de la gouvernance IA avant novembre 2026.
Leading the Future : 125 millions pour une régulation nationale uniforme
Le super PAC « Leading the Future » a déployé un budget prévisionnel de 125 millions de dollars pour l’année électorale 2026, ciblant des candidats des deux partis favorables à une régulation IA unique au niveau national plutôt qu’une fragmentation par États.
Trois figures majeures de la tech animent le projet, unies par une vision commune de dérégulation accélérée :
- Marc Andreessen et Ben Horowitz (fonds a16z)
- Greg Brockman (cofondateur d’OpenAI)
Leur engagement financier répond à un enjeu perçu comme stratégique : l’IA représente selon eux des centaines de milliards de dollars d’investissements en infrastructures, en particulier des centres de données électro-intensifs. Une régulation fragmentée pénaliserait cet essor.
Une stratégie délibérément non technique
Leading the Future applique une tactique révélatrice : ses campagnes électorales évitent de mentionner l’IA. Les messages se concentrent sur des thèmes établis : coûts de la vie, croissance économique, immigration.
Ce détournement stratégique emprunte au playbook de Fairshake, le super PAC crypto qui a dépensé 133 millions de dollars en 2024 et remporté 52 victoires sur 61 courses où il avait investi plus de 100 000 dollars. Andreessen et Horowitz, qui avaient versé 23,8 millions à Fairshake, reproduisent le modèle : contourner la controverse technologique en parlant d’emploi.
Terrains d'action
Leading the Future a déjà engagé des millions sur trois États clés :
| État | Partenaire PAC | Sommes engagées | Cible politique |
|---|---|---|---|
| Texas | American Mission | 750 000 $ | Candidat républicain |
| New York | Think Big | 1,1 M$ | Candidat démocrate |
| Illinois | — | Millions non précisés | Candidats locaux |
Cette distribution bipartite confirme l’objectif : placer en position de force des élus agnostiques sur la régulation légère, indépendamment du chapelle partisane.
Anthropic et la riposte régulatrice
Anthropic a investi 20 millions de dollars dans Public First, un super PAC rival doté d’un budget plafond de 50 millions. Les figures motrices incarnent une alliance distincte : Brad Carson (ancien congressiste démocrate) et Chris Stewart (ancien représentant républicain), épaulés par des experts en sécurité IA.
Deux visions du futur régulateur
Le clivage n’oppose pas régulation vs dérégulation, mais deux conceptions opposées de ce que réguler signifie :
| Leading the Future | Public First |
|---|---|
| Régulation « intelligente » au niveau fédéral | Régulation stricte avec garde-fous substantiels |
| Argument : assurer compétitivité vs Chine | Argument : garantir sécurité et responsabilité démocratique |
| Risque : cession de l’avantage technologique | Risque : industrie incontrôlée et opaques |
Le contexte : méfiance croissante envers l'IA
Selon le Pew Research Center, 58 % des adultes américains redoutent une régulation insuffisante, tandis que 62 % interagissent avec des systèmes d’IA plusieurs fois par semaine. Cette inquiétude électorale crée un terrain propice où chaque coalition peut se présenter comme défenseur de l’intérêt public, selon sa propre définition.
L'enjeu géopolitique latent
L’argument d’efficacité avancé par Leading the Future repose sur une prémisse géopolitique : une régulation stricte aux États-Unis laisserait la Chine maîtriser la course technologique mondiale. Anthropic conteste cette logique, arguant qu’une régulation stricte canaliserait l’innovation vers des systèmes fiables et acceptables socialement, stabilisant ainsi l’écosystème américain face à une Chine sans garde-fou.
Les géants tech : attente stratégique
Amazon, Alphabet, Microsoft et Nvidia maintiennent pour l’instant des stratégies PAC classiques, bipartites et discrètes, sans rallier Leading the Future. Cette réserve signale que la tech n’a pas encore formé une coalition unie autour de cette question — contrairement au secteur crypto en 2024, où Fairshake a agrégé l’industrie.
Vers une clarification politique
Avant novembre 2026, deux scénarios semblent équiprobables. Leading the Future bénéficie d’un budget supérieur et d’un modèle éprouvé, mais Anthropic mobilise un contexte politique plus fragile pour la dérégulation : l’opinion publique sur l’IA s’est durcies, et le débat réglementaire s’est cristallisé auprès des élus.
L’issue de cette bataille électorale déterminera la trajectoire réglementaire de l’IA américaine pour la décennie à venir — avec des répercussions structurelles sur l’innovation, la sécurité des systèmes et la compétitivité technologique mondiale.
FAQ
Qu'est-ce que « Leading the Future » et quel est son objectif ?
Un super PAC financé par Marc Andreessen, Ben Horowitz et Greg Brockman, disposant de 125 M$ pour soutenir des candidats favorables à une régulation IA légère et nationale aux États-Unis.
Pourquoi Anthropic crée-t-elle un super PAC rival ?
Anthropic défend une régulation stricte de l’IA avec des garde-fous substantiels et s’oppose au modèle permissif porté par Leading the Future, via Public First (50 M$ budget).
Quel est le modèle stratégique de Leading the Future ?
Imiter le succès de Fairshake (crypto, 2024) : financer des campagnes sans parler d’IA directement, mais aborder emploi, économie et immigration pour éviter les débats techniquement controversés.
Quels sont les enjeux géopolitiques de ce débat réglementaire ?
Une régulation stricte aux États-Unis pourrait, selon Leading the Future, donner un avantage compétitif à la Chine. Anthropic conteste en arguant qu’une régulation stricte canaliserait l’innovation vers des produits plus fiables.
Quel est le positionnement des autres géants tech (Amazon, Alphabet, Microsoft) ?
Ils maintiennent des stratégies PAC classiques, bipartites et discrètes, sans rejoindre Leading the Future pour le moment.









