Le 16 janvier 2026, OpenAI a publié sa réponse officielle aux accusations d’Elon Musk, contredisant point par point ses allégations de fraude. Elon Musk réclame entre 79 et 134 milliards de dollars, affirmant qu’OpenAI a trahi sa mission à but non lucratif. Le procès par jury est programmé pour le 27 avril 2026.
La riposte d'OpenAI : transparence versus trahison perçue
Le document officiel et ses révélations
Le 16 janvier 2026, OpenAI a publié sa réponse sous le titre « The truth Elon left out » (La vérité qu’Elon a omise). Ce document s’appuie sur des pièces judiciaires et le journal privé de Greg Brockman, co-fondateur, pour contredire les accusations d’Elon Musk point par point.
Selon OpenAI, elle et Elon Musk ont ensemble convenu en 2017 qu’une structure for-profit constituerait la phase suivante du développement. Cependant, quand OpenAI a refusé de lui accorder un contrôle total (notamment sur la gouvernance d’une future intelligence générale artificielle), Elon Musk a quitté en février 2018.
OpenAI cite une déclaration d’Elon Musk : « Allez-y, vous avez zéro pourcent de chance de réussir sans des milliards ». Le désaccord central tient donc à ceci : OpenAI se décrit comme transparente sur les négociations ; Elon Musk les interprète comme une trahison.
Le journal de Brockman : preuves d'une discussion ouverte
Le blog d’OpenAI cite des extraits du journal de Greg Brockman datant de septembre et novembre 2017. Un passage clé montre Elon Musk exigeant :
- une majorité du capital,
- un contrôle total.
Elon Musk justifiait ce souhait par le fait qu’il « avait été victime du manque de contrôle par le passé ». Dans une note ultérieure, Brockman écrit : « Il a parlé de succession et m’a surpris en parlant de ses enfants contrôlant l’AGI ».
OpenAI accuse Elon Musk de « cherry-picking » – c’est-à-dire de sortir de contexte des passages de ces documents pour en tirer argument. Sam Altman, PDG d’OpenAI, a amplifié cette critique publiquement peu après la publication du blog.
Chronologie des négociations
Septembre 2017 : Lors d’un appel central, Elon Musk propose lui-même une structure combinant entité à but non lucratif et structure d’entreprise à mission (B-corp). Il déclare : « Il ne faut pas fermer le nonprofit, il devrait exister sous une forme ». Ilya Sutskever, co-fondateur, répond : « Tant que l’entité principale a quelque chose de fondamentalement philanthropique ». Elon Musk approuve.
Octobre-novembre 2017 : Elon Musk modifie ses conditions. Il exige deux sièges au conseil d’administration, une clause de non-concurrence de six à neuf mois, et le contrôle majoritaire.
6 novembre 2017 : Le journal de Brockman révèle une tension morale : « Ce serait mal de voler le nonprofit à Elon. Convertir en B-corp sans lui serait assez moralement bancal ». Mais il ajoute : « On ne peut pas s’engager pour le nonprofit. Si trois mois plus tard on fait un B-corp, ce sera un mensonge ».
Février 2018 : Elon Musk démissionne.
Aujourd’hui : OpenAI fonctionne selon une structure où une entité à but non lucratif contrôle l’équité dans une Public Benefit Corporation valorisée par OpenAI à environ 130 milliards de dollars. C’est, selon OpenAI, exactement la structure qu’Elon Musk avait demandée.
Les accusations d'Elon Musk : fraude et enjeu du contrôle
Plainte et arguments
Elon Musk a déposé plainte en février 2024, six ans après son départ, en ciblant OpenAI, Microsoft et Sam Altman. Selon le dépôt, OpenAI a « trahi » sa mission à but non lucratif en se transformant en « get-rich-quick scheme » une fois la technologie proche d’une intelligence générale transformatrice.
La plainte stipule : « Après qu’Elon Musk ait prêté son nom à l’entreprise, investi des dizaines de millions en capital de démarrage et recruté les meilleurs scientifiques en IA, il a été trahi par Altman et ses complices. La perfidie et la tromper sont d’une ampleur shakespearienne ».
Montant des dommages réclamés
Elon Musk demande entre 79 et 134 milliards de dollars en dommages, montant fondé sur :
- une valorisation implicite d’OpenAI (80 à 130 milliards de dollars selon les estimations du marché),
- l’argument qu’il aurait contribué de 10 à 20 % de la création de valeur.
Cette demande constitue un plaidoyer, non un préjudice établi. Un jury en décidera.
L'ajout de Microsoft en janvier 2026
Elon Musk a d’abord limité ses accusations à OpenAI et Altman. Mais en janvier 2026, il a ajouté Microsoft à la plainte. Le partenariat entre OpenAI et Microsoft – valorisé à 13 milliards de dollars – incarne son grief central : ce deal brise, selon lui, l’engagement initial envers une mission philanthropique.
OpenAI et Microsoft ont tous deux demandé au tribunal de rejeter la plainte sans procès. Le 8 janvier 2026, le juge fédéral a rejeté ces demandes. L’affaire ira à jury.
Le cœur du différend : qui contrôle l'AGI ?
Deux lectures d'une même histoire
Les deux camps ne décrivent pas exactement la même réalité.
Selon OpenAI :
Les négociations de 2017 étaient transparentes. Elon Musk savait qu’OpenAI recherchait une structure for-profit. Le refus d’OpenAI de céder le contrôle, notamment sur une future AGI, était au cœur de la rupture.
Selon Elon Musk :
Il y avait un accord implicite ou initial sur le fait qu’OpenAI resterait essentiellement une « entreprise philanthropique ». La transition progressive vers un modèle for-profit profitant de Microsoft représente une rupture de ce contrat moral ou légal.
Enjeu technopolitique sous-jacent
Cette divergence expose une question fondamentale : qui devrait piloter une machine capable de générer une intelligence générale ?
Elon Musk a historiquement plaidé pour que nul acteur isolé ne contrôle l’AGI. Or, les documents révèlent qu’il exigeait lui-même un contrôle significatif lors des négociations. OpenAI a refusé, préférant une gouvernance collective.
Cette tension – entre contrôle centralisé et gouvernance distribuée – reflète l’inquiétude latente du secteur : qui pilote les outils qui pilotent le futur ?
L'hésitation révélatrice de Brockman
Le journal privé de Brockman expose aussi les doutes internes. En novembre 2017, Brockman craignait que convertir OpenAI en B-corp sans Elon Musk soit « moralement bancal ». Mais il écrivait aussi : « On ne peut pas s’engager auprès du nonprofit si, trois mois après, on lance une B-corp. Ce serait un mensonge ».
Ce passage intrigue car il montre qu’OpenAI elle-même doutait de la transparence de sa position. Elon Musk l’utilise pour prouver que le passage au for-profit était un projet caché. OpenAI réplique que c’était un débat interne honnête, observable pour Elon Musk.
Un jury jugera qui avait raison.
Calendrier judiciaire et enjeux en suspens
Décisions jusqu'à présent
Le 8 janvier 2026, le juge fédéral a rejeté les motions visant à écarter l’affaire sans procès. Cela signifie que le tribunal reconnaît assez d’éléments de preuve pour que le dossier soit soumis à jury. C’est une première victoire symbolique pour Elon Musk, bien que loin d’une condamnation.
Le procès par jury est fixé au 27 avril 2026 en Californie du Nord.
Stratégies des défendeurs
OpenAI a adopté une approche duale : avertissement auprès des investisseurs (préparer « des allégations délibérément extravagantes »), publication d’un blog officiel et court filings pour façonner le récit avant le procès. Cette tactique – communication interne rassurante plus riposte publique – vise à limiter les dégâts réputationnels.
Microsoft a suivi un silence officiel jusqu’aux séances au tribunal, mêmes stratégie et prudence.
Ce qui se joue réellement
Pour OpenAI et Microsoft :
Une perte massive en dommages pourrait déstabiliser la structure d’OpenAI et redéfinir les règles légales autour du passage nonprofit-to-for-profit dans la tech. Un jugement contre elles risque aussi d’influencer les régulateurs qui scrutent la concentration du pouvoir en IA.
Pour Elon Musk :
Une victoire validerait son argument selon lequel il a été victime d’une arnaque ; une défaite le placerait en position d’accusateur sans fondement légal, affaiblissant sa crédibilité auprès de ses investisseurs à xAI.
Pour l’industrie :
Le verdict établira un précédent sur la responsabilité légale des fondateurs et investisseurs dans les transitions de gouvernance, et sur le poids légal des promesses initiales d’une startup basée sur une mission.
Pourquoi cette riposte, maintenant ?
OpenAI choisit de répondre publiquement 14 jours seulement avant que le juge statue sur les dernières motions d’avant-procès. Ce timing n’est pas fortuit. Le blog officiel vise à influencer le sentiment public et possiblement l’opinion des futurs jurés en contrecarrant le récit simple d’Elon Musk (« j’ai été volé »).
Mais cela révèle aussi une nervosité sous-jacente : malgré sa dominance en IA générative, OpenAI doit défendre son récit fondateur face à un accusateur puissant et médiatisé.
Le verdict d’avril ne tranchera pas seulement un différend entre deux co-fondateurs. Il répondra à une question structurelle : est-ce que les promesses initiales d’une startup IA ancrée dans une mission AGI importent légalement quand la structure change ?
Pour les professionnels de l’IA, les régulateurs et les investisseurs qui observent ce procès, la réponse compte.
FAQ
Pourquoi Elon Musk poursuit-il OpenAI en 2026, six ans après son départ ?
Elon Musk affirme qu’OpenAI a trahi sa mission à but non lucratif en se transformant en entreprise for-profit profitable, notamment grâce au partenariat Microsoft.
Quel est le montant des dommages réclamés ?
Entre 79 et 134 milliards de dollars, basé sur une valorisation implicite d’OpenAI et l’argument qu’Elon Musk aurait contribué de 10 à 20 % de la création de valeur.
Qu'argumente OpenAI pour sa défense ?
OpenAI soutient qu’Elon Musk lui-même avait proposé une structure for-profit combinée en 2017, que les négociations étaient transparentes, et qu’il a quitté après avoir échoué à obtenir le contrôle total.
Quand le procès aura-t-il lieu ?
Le procès par jury est prévu pour le 27 avril 2026 en Californie du Nord.
Qui sont les défendeurs ?
OpenAI, Sam Altman (PDG), et Microsoft (ajouté à la plainte en janvier 2026).
Sources
- https://openai.com/index/the-truth-elon-left-out/
- https://www.reuters.com/business/musk-seeks-up-134-billion-openai-microsoft-wrongful-gains-2026-01-17/
- https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-01-16/openai-microsoft-lose-last-chance-to-avoid-trial-with-musk
- https://techcrunch.com/2026/01/08/elon-musks-lawsuit-against-openai-will-face-a-jury-in-march/
- https://www.businessinsider.com/openai-responds-elon-musk-lawsuit-greg-brockman-diary-entries-2026-1
- https://www.benzinga.com/markets/tech/26/01/49983336/openai-accuses-elon-musk-of-cherry-picking-evidence-in-lawsuit-says-he-backed-for-profit-shift-and-quit-after-failing-to-secure-control
- https://www.newsweek.com/elon-musks-war-with-openai-ramps-up-11376549
- https://www.timesofindia.indiatimes.com/business/india-business/elon-musk-wants-openai-microsoft-to-pay-100-billion-plus/articleshow/117104512.cms
- https://www.theverge.com/column/863319/highlights-musk-v-altman-openai
- https://english.elpais.com/technology/2025-02-12/timeline-of-a-tech-feud-sam-altman-and-elon-musks-10-year-rivalry.html
- https://www.cnbc.com/2026/01/15/openai-to-investors-expect-deliberately-outlandish-claims-from-musk.html














