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OpenAI et Merge Labs : pourquoi la verticale matériel-logiciel-interface s’accélère

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Avec son investissement dans Merge Labs, OpenAI consolide une stratégie verticale intégrée : logiciel, matériel et interfaces deviennent une seule architecture, réduisant à zéro la friction entre l’intention humaine et l’exécution de l’IA.

La stratégie verticale d'OpenAI : de la puce à l'interface neurale

Depuis deux ans, OpenAI construit méthodiquement une architecture matériel-logiciel fermée. En mai 2025, le rachat de io pour 6,5 milliards de dollars marquait l’entrée dans le design hardware. Des accords avec TSMC et Broadcom sécurisaient la fabrication de puces propriétaires. En novembre 2025, l’annonce de prototypes fonctionnels sous la direction de Jony Ive confirmait une trajectoire : lancer un appareil en moins de deux ans.

Avec l’annonce du 15 janvier de son investissement dans Merge Labs, OpenAI franchit une étape supplémentaire. Il ne s’agit plus seulement de contrôler le logiciel et le matériel, mais d’ajouter une couche inédite : l’interface directe au cerveau.

Ce mouvement s’inscrit dans une chaîne fermée et intégrée :

  • Modèles IA (GPT, foundation models)
  • Interface matériel (io, puces propriétaires)
  • Infrastructure centralisée (data centers)
  • Retour d’intention utilisateur direct (BCI)

Chaque maillon renforce les autres. C’est la logique des écosystèmes dominants : contrôler le flux d’information complet.

Merge Labs : qui, quoi, comment

L'émergence soudaine d'une startup

Merge Labs émerge de l’ombre le 15 janvier 2026 avec une levée de fonds spectaculaire : 252 millions de dollars en seed round, à une valuation de 850 millions de dollars. OpenAI a signé le plus gros chèque.

Les co-fondateurs et leur expertise

La startup associe quatre profils complémentaires :

  • Sam Altman — CEO d’OpenAI
  • Alex Blania — co-fondateur de Tools for Humanity
  • Mikhail Shapiro — neuroscientifique, Caltech
  • Tyson Aflalo et Sumner Norman — cofondateurs de Forest Neurotech

Leur mission : construire une interface cerveau-ordinateur sans implantation chirurgicale.

La technologie : ultrasound et molécules

Plutôt que des électrodes implantées directement dans le tissu cérébral, Merge Labs envisage deux approches complémentaires : l’ultrasound pour détecter l’activité neurale, et des molécules pour établir la communication. Résultat : aucun implant permanent, aucune trépanation.

Fonctionnement : une détection indirecte

L’ultrasound détecte les changements du flux sanguin cérébral, qui reflètent indirectement l’activité neurale. C’est une mesure indirecte, contrairement aux électrodes implantées de Neuralink qui lisent l’activité électrique brute.

Implication stratégique

Moins invasive signifie marché potentiellement plus large. Si les performances suffisent, le passage de “outil médical” à “interface grand public” devient envisageable.

La compétition BCI : trois approches, trois marchés

Merge Labs ne progresse pas en isolation. Elle entre dans une compétition tripartite, chacun avec des compromis distincts.

ApprocheActeurInvasivitéBande passanteMarché potentielStatut 2026
Électrode implantéeNeuralinkTrès invasive (chirurgie)~1 000 électrodes, ultra-faible latenceMédical d’abord (paralysie)12 implants patients vivants
Cathéter vasculaireSynchronSemi-invasiveRéduite mais acceptable50 000–100 000 patients paralysés10 patients, phase clinique
Ultrasound non-invasifMerge LabsNon-invasiveInconnuePotentiellement plusieurs milliardsPhase recherche précoce

Neuralink (Elon Musk)

Implanté directement dans le cortex moteur, le système offre une bande passante élevée et une latence ultra-faible. Le revers : chirurgie cérébrale, complications potentielles, accès limité à quelques milliers de patients. Le marché reste d’abord médical (paralysie, AVC).

Synchron (cathéter vasculaire)

Place un cathéter dans une veine cérébrale sans ouvrir le crâne. Moins invasif que Neuralink, cliniquement plus accessible. Le compromis : bande passante réduite, mais suffisante pour commandes simples. L’accès marché se limite à 50 000 à 100 000 patients paralysés mondialement.

Merge Labs (ultrasound non-invasif)

Parie sur un accès cérébral sans chirurgie. Si le projet réussit, le marché devient théoriquement de plusieurs milliards. Le handicap technologique : bande passante inconnue, latence inconnue, capacité à rivaliser avec les électrodes incertaine. Statut actuel : phase de recherche précoce sans prototype humain public.

Pourquoi OpenAI investit dans Merge Labs : au-delà du communiqué

Le discours officiel

OpenAI affirme collaborer sur des “foundation models” scientifiques et des “outils IA de frontière” pour accélérer la R&D neuroscientifique. C’est exact. Mais cela occulte l’enjeu stratégique plus profond.

L'enjeu réel : éliminer la friction entre intention et exécution

OpenAI se pose une question existentielle : quelle est la limite de l’interface logicielle seule ?

ChatGPT, Sora et Advanced Voice conversent par texte, image, son. Chaque interface introduit une latence, du bruit interprétatif et une friction. Vous formulez une idée, la verbalisez ou l’écrivez, attendez la réponse, la lisez ou l’écoutez. Avec un BCI, votre intention passe directement du cortex moteur à l’IA, qui envoie le résultat directement au cortex sensoriel. C’est la différence entre manger une pomme et la regarder à travers une vitre.

Trois avantages stratégiques concrets

  1. Monopole sur l’interface propriétaire. Si Merge Labs construit un BCI viable non-invasif optimisé pour les modèles d’OpenAI, OpenAI capture un marché d’interfaces sans rival. Ni Apple, ni Meta, ni Neuralink ne disposent de cette combinaison.
  2. Données neurales massives comme nouvel actif d’entraînement. Des millions de cerveaux interagissant via BCI génèrent une source inédite d’intention humaine brute, sans perte à la traduction linguistique. Ces patterns nourrissent les générations futures de modèles.
  3. Écosystème verrouillé. Logiciel + matériel + interface = verticale complète, difficile à copier, impossible à déverrouiller. C’est le modèle iPhone appliqué à l’IA.

Trois freins majeurs : faisabilité, éthique, gouvernance

Trois obstacles substantiels demeurent.

Faisabilité technique

Merge Labs elle-même reconnaît être en phase de recherche précoce. Forest Neurotech exécute un essai de miniaturisation ultrasound au Royaume-Uni. Les résultats ne sont pas publiés.

Questions sans réponse :

  • Quelle bande passante peut livrer l’ultrasound ? (Neuralink théorise ~100+ bits par seconde ; Merge Labs reste muet.)
  • Quelle latence effectivement ?
  • Peut-elle rivaliser avec les électrodes implantées pour des tâches cognitives complexes ?

Impact temporel : aucune certitude avant 18 à 24 mois de R&D.

Si la bande passante plafonne à 10 bits par seconde, le BCI Merge Labs demeure un outil médical, jamais une interface grand public.

Éthique et propriété des données

Si Merge Labs réussit, des questions majeures restent sans réponse officielle.

Qui possède vos données neurales ? OpenAI signe un accord de collaboration, mais aucune déclaration publique sur la propriété, le consentement ou les limites d’usage. Les données neurales sont plus intimes qu’une vidéo, un SMS ou un génome. Elles ouvrent des questions de droit inédites.

La régulation n’existe pas encore. Les délais d’adoption consommateur risquent de doubler rien que sur fond de prudence légale.

Gouvernance et concentration des intérêts

Sam Altman est PDG d’OpenAI et co-fondateur de Merge Labs.

OpenAI dépense les profits de ses utilisateurs pour investir dans une startup dont Altman profite directement. C’est légal (structure disclosed), mais la concentration des intérêts dans une même main soulève des questions. Si Merge Labs réussit, Altman s’enrichit. Si elle échoue, les investisseurs OpenAI perdent. Altman, lui, a remporté sur le temps et l’influence.

C’est un exemple de comment la structure de gouvernance peut créer des incitations misalignées, même légalement.

Timeline réaliste : signaux clés

Merge Labs revendique une mission de “bridging biological and artificial intelligence”. Concrètement, les jalons critiques :

2026–2027 : Publications peer-reviewed validant la viabilité de l’ultrasound comme interface cerveau-ordinateur. → Signal critique. L’absence de publication indique un progrès technologique plus lent que prévu.

2027–2028 : Prototypes chez l’animal ou très petit cohort humain (< 10 sujets). → Preuve de concept : peut-on lire de l’intention simple via ultrasound non-invasif ?

2028–2029 : Essai clinique phase I étendu (50–100 patients), sécurité et faisabilité. → Succès accélère la timeline vers FDA clearance pour usage médical.

2029+ : Viabilité consommateur dépend de deux facteurs déterminants :

  • Bande passante suffisante pour des tâches non-triviales
  • Prix < 5 000 $ par device

À titre optimiste : 2030–2031.

Neuralink dispose déjà de 12 implants en patients vivants en 2026. Merge Labs part d’au moins 2 à 3 ans en retard sur la maturation clinique.

Un pari sur l'architecture de demain

OpenAI construit une forteresse : pas de point d’entrée unique, pas de dépendance à un acteur externe.

CoucheContrôleActeur/Partenaire
Code sourcePropriétaireGPT, foundation models
MatérielPropriétaireio, chips TSMC/Broadcom
InfrastructureCentraliséeData centers
InterfacePropriétaire (si succès)Merge Labs

Cet investissement énonce une vérité : l’avenir n’est plus une compétition entre logiciels, mais entre écosystèmes intégrés.

Apple l’a démontré avec l’iPhone : intégration hardware-software-ecosystem crée un moat infranchissable.

OpenAI le revendique pour l’IA.

Conclusion

Merge Labs n’est pas un produit prévu pour 2026. C’est une option stratégique sur comment les humains interagiront avec l’IA à l’horizon 2030–2035.

Si elle fonctionne, OpenAI capture un marché d’interfaces. Si elle échoue, c’est un pari de long terme perdu, mais pas existentiel. Le coût demeure maîtrisé.

Entre-temps, chaque découverte en neurosciences de Forest Neurotech devient publique, nourrissant indirectement la communauté scientifique. OpenAI et ses concurrents en profitent.

C’est le calcul : investir faible aujourd’hui, capturer haut demain. Si ça échoue, au pire on a avancé la science ensemble.

FAQ

Qu'est-ce que Merge Labs et pourquoi OpenAI y investit-elle ?

Merge Labs est une startup fondée en janvier 2026 par Sam Altman, Alex Blania, Mikhail Shapiro, Tyson Aflalo et Sumner Norman. Elle développe une interface cerveau-ordinateur non-invasive utilisant l’ultrasound et des molécules pour détecter l’activité neurale sans implant chirurgical. OpenAI y investit pour éliminer la friction entre l’intention humaine et l’exécution de l’IA, construisant une chaîne verticale fermée (logiciel + matériel + interface cérébrale).

Comment fonctionne la technologie BCI de Merge Labs ?

Merge Labs utilise deux approches complémentaires : l’ultrasound détecte indirectement l’activité neurale en mesurant les changements du flux sanguin cérébral, tandis que des molécules établissent la communication bidirectionnelle. Contrairement aux électrodes implantées de Neuralink qui capturent l’activité électrique brute, cette méthode est totalement non-invasive, sans trépanation ni implant permanent.

Quelle est la différence entre Merge Labs, Neuralink et Synchron ?

Neuralink utilise des électrodes implantées directement dans le cortex (très invasif, haute bande passante, marché médical limité). Synchron place un cathéter dans une veine cérébrale (semi-invasif, bande passante réduite, accessible à 50 000–100 000 patients paralysés). Merge Labs misent sur l’ultrasound non-invasif (théoriquement plusieurs milliards de clients potentiels, mais bande passante et latence encore inconnues, phase recherche précoce).

Quels sont les risques éthiques et réglementaires des BCI ?

Les principaux risques incluent : l’absence de clarté sur la propriété des données neurales (plus intimes qu’un génome), le manque de cadre régulateur global, les questions de consentement et d’usage des données, et le potentiel de concentration des pouvoirs dans les mains d’une seule entreprise. Pour Merge Labs spécifiquement, la gouvernance présente un conflit d’intérêts : Sam Altman est PDG d’OpenAI et co-fondateur de Merge Labs, créant une incitation misalignée légalement structurée.

Quand les BCI de Merge Labs seront-elles disponibles pour les consommateurs ?

Sur une timeline réaliste, les jalons critiques sont : publications peer-reviewed en 2026–2027 validant la viabilité, prototypes chez l’animal ou petit cohort humain en 2027–2028, essai clinique phase I étendu en 2028–2029. La viabilité consommateur dépend d’une bande passante suffisante pour des tâches non-triviales et d’un prix < 5 000 $. À titre optimiste, un produit grand public n'arriverait pas avant 2030–2031, soit 2 à 3 ans de retard sur Neuralink qui dispose déjà de 12 implants en patients en 2026.

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